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Vendredi 19 mai 2006

Après le mouvement contre le CPE, et avant sa conférence nationale qui aura lieu fin juin, la LCR a adressé au PCF une lettre dont nous publions ici de larges extraits.

« Le mouvement contre le CPE et son succès [...] atteste de possibilités nouvelles du point de vue de nos préoccupations communes, la défense des intérêts des couches populaires [...]. C’est toute la politique du gouvernement qui a été rejetée par les jeunes et les salariés, comme cela l’avait été déjà, dans les urnes, par le “non” au traité constitutionnel européen (TCE). Ces deux victoires révèlent les possibilités de s’opposer aux politiques libérales. Elles soulignent encore plus fortement la nécessité d’un rassemblement et d’une orientation politique qui se placent clairement dans le camp de la défense des salariés et en rupture avec les politiques favorables au patronat.

« Vous le savez, notre conférence nationale va décider fin juin de nos orientations concernant les élections de 2007. Nous nous sommes prononcés, à notre congrès, pour des candidatures anticapitalistes unitaires qui se situent dans la lignée des aspirations apparues lors de la campagne pour le “non” de gauche. Mais nous disions aussi que de telles candidatures ne pourraient se situer qu’en claire opposition aux politiques sociales-libérales prônées par la direction du PS.

« C’était afin de clarifier le débat entre nous sur ces choix que nous vous avions envoyé un courrier à la veille de votre congrès. Comme nous l’indiquions dans cette lettre, nous pensons qu’il est impossible de vouloir œuvrer au regroupement des antilibéraux conséquents et d’envisager la préparation d’une alternance avec la direction du PS. Dans son appel “Pour un rassemblement antilibéral”, Marie-George Buffet invite au “rassemblement de toutes les énergies antilibérales pour bouleverser la donne”, dans l’objectif de “faire bouger toute la gauche”.

Vous dites vouloir réaliser un rassemblement majoritaire à gauche sur des bases antilibérales. Vous reconnaissez vous-mêmes que l’orientation actuelle du PS ne rompt pas avec le libéralisme. Pensez-vous vraiment faire bouger la majorité du PS d’ici 2007 ? Nous ne pensons pas que vous ayez ces illusions. Parallèlement, vous venez de refuser la proposition de notre porte-parole, Olivier Besancenot, d’une rencontre entre Marie-George Buffet, José Bové, Arlette Laguiller et lui-même, pour discuter des possibilités d’une candidature unitaire issue des courants ayant porté le “non” de gauche au TCE.

« Dans le même sens, vous avez dit, à plusieurs reprises, refuser de constituer un rassemblement protestataire à gauche, des candidatures de témoignage. Nous comprenons que vous devez viser par ces formules notre proposition de candidatures unitaires. Mais alors, quelle est votre démarche ? Nous avons enregistré votre décision de participer à la réunion du 8 février et au premier meeting du 27 avril, avec diverses formations de gauche, allant de vous-mêmes au PRG, en passant notamment par le PS et le MRC. Visiblement, vous tenez à ce que toute la gauche tente d’élaborer ensemble une alternative pour 2007.

Est-ce cela ne pas faire du témoignage ? [...] Est-ce tenter de nouer un nouveau pacte politique avec le PS pour les prochaines législatives et même, peut-être, pour un contrat de gouvernement ? Sinon, en quoi nos propositions relèvent-elles du témoignage ? Nous croyons, au contraire, nécessaire de montrer, lors des prochaines échéances électorales qu’existe une autre gauche que celle de François Hollande et de Ségolène Royal, une gauche qui ose combattre frontalement les intérêts capitalistes.

« Il ne suffit pas de dire que “la gauche en qui beaucoup ont placé un espoir, à trois reprises, a beaucoup déçu”. Il faut en identifier les raisons : c’est le respect de la logique du capitalisme qui a conduit le PS au social-libéralisme. C’est pourquoi, il est impossible, à notre sens, d’envisager, comme vous semblez vouloir le faire, une alliance, qui pourrait même conduire à une participation gouvernementale avec ce parti. Nous sommes peut-être insistants, mais vous savez que ces questions concrètes sont celles que se posent autour de nous les dizaines de milliers de militants qui ont vécu la catastrophe de la gauche plurielle. [...] Aussi, nous aimerions pouvoir préciser avec vous, dans les semaines qui viennent, les réponses aux questions que nous soulevons ici.

« Nous avons exposé dans quelle perspective nous envisageons les échéances électorales de 2007. Nous sommes favorables à des candidatures de rassemblement antilibéral et anticapitaliste, afin de défendre des mesures d’urgence sociale et démocratique : notamment, l’interdiction des licenciements et la création massive d’emplois dans les services publics, la diminution du temps de travail et la répartition du travail entre tous, l’augmentation générale des salaires de 300 euros pour tous et pas de salaire inférieur à 1 500 euros par mois... Ces mesures indispensables à la population exigent une autre répartition des richesses, de s’en prendre aux intérêts capitalistes, elles exigent une mobilisation d’ensemble des salariés, des chômeurs, des jeunes, capable de les imposer au patronat.

« C’est sur cette base que nous vous avons proposé de discuter de candidatures unitaires. Ce qui est en jeu et ce que favoriseraient de telles candidatures, c’est la réalisation d’un front social et politique pour combattre au quotidien toutes les politiques libérales ; aider, dès à présent, à arracher de nouvelles victoires dans la suite du succès contre le CPE ; œuvrer à un mouvement d’ensemble des salariés et de la jeunesse ; donner une perspective de transformation radicale de la société. Pour la présidentielle, vous proposez un candidat : un homme ou une femme du Parti communiste pour, dites-vous, un rassemblement antilibéral. Vouloir un tel rassemblement impose que les forces politiques opposées au libéralisme puissent débattre entre elles d’une telle perspective. Ce qui est pour nous prioritaire, avant la question du candidat, est quel programme nous devons défendre dans ces élections et dans quel cadre d’alliance politique.

« La LCR ne se résigne pas à la situation actuelle. Elle reste disponible et continuera à défendre des candidatures unitaires de rassemblement antilibéral et anticapitaliste. Il nous semble urgent de clarifier un débat entre nos deux formations qui concerne beaucoup de militants autour de nous. »

Le bureau politique de la LCR, le 12 mai 2006

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