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Interview de José Bové par Libération
Vous êtes donc candidat à l'Elysée ?
Je suis candidat à rassembler, à la gauche du PS, une gauche antilibérale, écologique, antiproductiviste et altermondialiste. Et je suis prêt à assumer la responsabilité d'aller à l'Elysée. Mais je m'inscris dans une démarche collective. Elle fait suite à la dynamique créée par la campagne qui a amené au vote du 29 mai 2005. Il est clair que la candidature socialiste émerge de la droite du PS et ouvre un espace pour une candidature antilibérale à la gauche du PS.
Pourquoi estimez-vous être mieux placé qu'Olivier Besancenot ou Marie-George Buffet pour porter cette candidature ?
Aujourd'hui, dans le cadre d'un front large, il y a des partis politiques, des associations, des mouvements, des syndicalistes. Ces gens-là, y compris une majorité de l'électorat vert, sont prêts à enclencher cette dynamique. A l'intérieur de ce groupe, il existe une rivalité entre le PCF et la LCR. Chacun pense qu'il est le mieux placé pour prendre le leadership. Mais aucun des chefs d'une de ces deux organisations n'est en capacité de rassembler tout l'éventail de ce front. Pour dépasser cette rivalité, je suis prêt à être candidat. Si cette décision est collective et portée par tous, j'irai jusqu'au bout.
La dynamique autour de Ségolène Royal renforce-t-elle votre détermination ?
Avec Ségolène Royal, c'est une droite du PS qui est représentée. On est clairement dans l'accompagnement du modèle économique libéral.
Quel sont les axes de votre programme ?
A partir du travail accompli dans le cadre des collectifs du 29 mai, avec les organisations syndicales, les mouvements sociaux, on veut rassembler l'ensemble des préoccupations des citoyens en matière de sécurité de l'emploi, de lutte contre la flexibilité, de garantie de minima sociaux. Il faut légiférer pour taxer les entreprises qui délocalisent ou qui engrangent de forts bénéfices en licenciant leurs salariés.
Comment lutter contre le chômage de masse ?
Si on prend le domaine de l'énergie et la problématique du renchérissement du pétrole, l'exemple allemand démontre que la création d'emplois passe par les énergies alternatives, les économies d'énergie. Les chantiers d'amélioration de l'habitat sont créateurs de milliers d'emplois pérennes, comme les projets alternatifs à l'EPR. Aujourd'hui, on nous parle du développement des entreprises de service par la conquête de marchés extérieurs. Mais ce n'est pas parce qu'elles créent artificiellement de la plus-value qu'elles créent des emplois à la clé.
Faut-il poursuivre la réduction du temps de travail ?
Oui. J'avais été partisan, à l'époque, des 32 heures qui auraient permis de créer plus d'emplois que les 35 heures. Aujourd'hui, on nous dit : il faut que les gens travaillent plus ! Or la productivité du travail n'a jamais été aussi importante. Mais la réalité c'est qu'elle ne profite pas à tout le monde, notamment aux salariés.
Ségolène Royal a expliqué que les 35 heures et le gel des salaires avaient pénalisé les classes populaires. Comment comptez-vous relever le pouvoir d'achat ?
Il faut remonter le Smic, et pas dans un délai de cinq ans comme le propose le PS. Et faire en sorte que la flexibilité ne soit pas la conséquence des 35 heures.
Partagez-vous les propositions de Ségolène Royal sur la sécurité ?
Aujourd'hui, il y a d'abord une faillite du système républicain. On voit dans les banlieues un racisme et une exclusion insupportables. La première insécurité, c'est une société qui fabrique de la pauvreté et des exclus. Dans les banlieues, on a des ghettos avec des taux de chômage des jeunes de 30 % voire 40 %.
Cette délinquance, ce sont souvent les classes populaires qui en payent le prix...
Traiter la délinquance comme une cause et non une conséquence, avec des mesures militaro-sécuritaires, me paraît dangereux. Cela donne l'impression qu'on est dans une situation de guerre civile. C'est une propagande que l'on voit fleurir depuis une quinzaine d'années, chez Le Pen d'abord, puis chez Sarkozy et aujourd'hui chez tous ceux qui essaient de cristalliser le débat sur ces questions pour éviter de parler des vrais problèmes.
Il n'y a pas eu de «plan B». Que proposez-vous pour relancer la construction européenne ?
La France, qui va présider l'Union européenne en 2008, devra proposer que les parlementaires européens élus en 2009 se réunissent en Assemblée constituante. La majorité qui a voté non au référendum n'est pas eurosceptique ou antieuropéenne.
Quel score espérez-vous en 2007 ?
La dynamique unitaire devrait placer cette candidature dans le carré de tête au premier tour.
Vous désisterez-vous pour un candidat de gauche ayant voté oui le 29 mai 2005 ?
La décision se prendra en fonction des engagements pris par ce candidat. Ce désistement devra être réciproque si j'arrive en tête à gauche au premier tour.
L'Union de la Gauche Populaire Française espère que José Bové ne divisera pas la gauche de la gauche en 2007 si d'autres candidats antiliberales sont déjà present.
Pour des candidatures unitaire
Communiqué de l'Union de
Réaction au discours d’Arlette Laguiller le 04 juin 2006
L'Union de
L’Union de
L’Union de
Le 04 juin 2006
Après le mouvement contre le CPE, et avant sa conférence nationale qui aura lieu fin juin, la LCR a adressé au PCF une lettre dont nous publions ici de larges extraits.
« Le mouvement contre le CPE et son succès [...] atteste de possibilités nouvelles du point de vue de nos préoccupations communes, la défense des intérêts des couches populaires [...]. C’est toute la politique du gouvernement qui a été rejetée par les jeunes et les salariés, comme cela l’avait été déjà, dans les urnes, par le “non” au traité constitutionnel européen (TCE). Ces deux victoires révèlent les possibilités de s’opposer aux politiques libérales. Elles soulignent encore plus fortement la nécessité d’un rassemblement et d’une orientation politique qui se placent clairement dans le camp de la défense des salariés et en rupture avec les politiques favorables au patronat.
« Vous le savez, notre conférence nationale va décider fin juin de nos orientations concernant les élections de 2007. Nous nous sommes prononcés, à notre congrès, pour des candidatures anticapitalistes unitaires qui se situent dans la lignée des aspirations apparues lors de la campagne pour le “non” de gauche. Mais nous disions aussi que de telles candidatures ne pourraient se situer qu’en claire opposition aux politiques sociales-libérales prônées par la direction du PS.
« C’était afin de clarifier le débat entre nous sur ces choix que nous vous avions envoyé un courrier à la veille de votre congrès. Comme nous l’indiquions dans cette lettre, nous pensons qu’il est impossible de vouloir œuvrer au regroupement des antilibéraux conséquents et d’envisager la préparation d’une alternance avec la direction du PS. Dans son appel “Pour un rassemblement antilibéral”, Marie-George Buffet invite au “rassemblement de toutes les énergies antilibérales pour bouleverser la donne”, dans l’objectif de “faire bouger toute la gauche”.
Vous dites vouloir réaliser un rassemblement majoritaire à gauche sur des bases antilibérales. Vous reconnaissez vous-mêmes que l’orientation actuelle du PS ne rompt pas avec le libéralisme. Pensez-vous vraiment faire bouger la majorité du PS d’ici 2007 ? Nous ne pensons pas que vous ayez ces illusions. Parallèlement, vous venez de refuser la proposition de notre porte-parole, Olivier Besancenot, d’une rencontre entre Marie-George Buffet, José Bové, Arlette Laguiller et lui-même, pour discuter des possibilités d’une candidature unitaire issue des courants ayant porté le “non” de gauche au TCE.
« Dans le même sens, vous avez dit, à plusieurs reprises, refuser de constituer un rassemblement protestataire à gauche, des candidatures de témoignage. Nous comprenons que vous devez viser par ces formules notre proposition de candidatures unitaires. Mais alors, quelle est votre démarche ? Nous avons enregistré votre décision de participer à la réunion du 8 février et au premier meeting du 27 avril, avec diverses formations de gauche, allant de vous-mêmes au PRG, en passant notamment par le PS et le MRC. Visiblement, vous tenez à ce que toute la gauche tente d’élaborer ensemble une alternative pour 2007.
Est-ce cela ne pas faire du témoignage ? [...] Est-ce tenter de nouer un nouveau pacte politique avec le PS pour les prochaines législatives et même, peut-être, pour un contrat de gouvernement ? Sinon, en quoi nos propositions relèvent-elles du témoignage ? Nous croyons, au contraire, nécessaire de montrer, lors des prochaines échéances électorales qu’existe une autre gauche que celle de François Hollande et de Ségolène Royal, une gauche qui ose combattre frontalement les intérêts capitalistes.
« Il ne suffit pas de dire que “la gauche en qui beaucoup ont placé un espoir, à trois reprises, a beaucoup déçu”. Il faut en identifier les raisons : c’est le respect de la logique du capitalisme qui a conduit le PS au social-libéralisme. C’est pourquoi, il est impossible, à notre sens, d’envisager, comme vous semblez vouloir le faire, une alliance, qui pourrait même conduire à une participation gouvernementale avec ce parti. Nous sommes peut-être insistants, mais vous savez que ces questions concrètes sont celles que se posent autour de nous les dizaines de milliers de militants qui ont vécu la catastrophe de la gauche plurielle. [...] Aussi, nous aimerions pouvoir préciser avec vous, dans les semaines qui viennent, les réponses aux questions que nous soulevons ici.
« Nous avons exposé dans quelle perspective nous envisageons les échéances électorales de 2007. Nous sommes favorables à des candidatures de rassemblement antilibéral et anticapitaliste, afin de défendre des mesures d’urgence sociale et démocratique : notamment, l’interdiction des licenciements et la création massive d’emplois dans les services publics, la diminution du temps de travail et la répartition du travail entre tous, l’augmentation générale des salaires de 300 euros pour tous et pas de salaire inférieur à 1 500 euros par mois... Ces mesures indispensables à la population exigent une autre répartition des richesses, de s’en prendre aux intérêts capitalistes, elles exigent une mobilisation d’ensemble des salariés, des chômeurs, des jeunes, capable de les imposer au patronat.
« C’est sur cette base que nous vous avons proposé de discuter de candidatures unitaires. Ce qui est en jeu et ce que favoriseraient de telles candidatures, c’est la réalisation d’un front social et politique pour combattre au quotidien toutes les politiques libérales ; aider, dès à présent, à arracher de nouvelles victoires dans la suite du succès contre le CPE ; œuvrer à un mouvement d’ensemble des salariés et de la jeunesse ; donner une perspective de transformation radicale de la société. Pour la présidentielle, vous proposez un candidat : un homme ou une femme du Parti communiste pour, dites-vous, un rassemblement antilibéral. Vouloir un tel rassemblement impose que les forces politiques opposées au libéralisme puissent débattre entre elles d’une telle perspective. Ce qui est pour nous prioritaire, avant la question du candidat, est quel programme nous devons défendre dans ces élections et dans quel cadre d’alliance politique.
« La LCR ne se résigne pas à la situation actuelle. Elle reste disponible et continuera à défendre des candidatures unitaires de rassemblement antilibéral et anticapitaliste. Il nous semble urgent de clarifier un débat entre nos deux formations qui concerne beaucoup de militants autour de nous. »
Le bureau politique de la LCR, le 12 mai 2006
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